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Rentrée littraire 2019 quatrième !

Rentree litteraire 2019 quatrieme, donc ! Un premier roman se lit toujours avec un mélange d’inquiétude et de curiosité. Va-t-on découvrir une pépite et un nouvel auteur ? Ou au contraire s’ennuyer ferme à la lecture d’un ouvrage banal et moyennement écrit.

Vous me direz, nul besoin d’être débutant pour « pondre » un mauvais bouquin…

Celui-ci m’a séduite par son sujet. Charcot et ses travaux sur l’hypnose à la Salpêtrière, Charcot, qui fut sans doute le seul à influencer Sigmund Freud, lui-même théoricien de génie. En apprendre davantage sur le contexte de l’époque, comment les « hystériques » finissaient à la « Salpé ».

Au travers du Bal des Folles, événement qui avait lieu une fois par an et qui attirait les curieux du Tout-Paris, Charcot s’efforçait de ramener les femmes à une véritable normalité. Sauf…

Sauf que cette normalité n’était que prétexte à sa célébrité.

4ème de couv.

« Chaque année, à la Mi-Carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle. »

Le roman de Victoria Mas est un récit riche et documenté sur la place des femmes en cette fin de 19ème siècle, leur soumission à l’homme, au patriarcat, à la violence masculine. Les hystériques de la Salpé ne le sont pas autant qu’on veut bien le croire. Ces femmes portent toutes en elles une blessure, une souillure, généralement infligée par un mâle : viol, brutalité, égoïsme. Qu’elle soit ancienne prostituée ayant assassiné son amant, adolescente outragée par un oncle, jeune bourgeoise rebelle à l’autorité paternelle.

On suit avec grand intérêt les évolutions de chacune ; celles qui rêvent de sortir de leur enfermement ; celles qui, au contraire, préfèrent la mort plutôt que de devoir retrouver une liberté synonyme d’asservissement.

Plus précisément, on s’attache à Geneviève, fille de médecin de campagne, blessée intimement par le décès de sa sœur, si pure et si pieuse, et qui est devenue la fidèle collaboratrice du Docteur Charcot. L’arrivée d’Eugénie bouleverse ses certitudes.

Car Eugénie est internée par son père ; elle a osé émettre ses propres opinions, les exprimer sans tabou devant le géniteur intransigeant, rigide quinquagénaire. Et comble d’indécence, la jeune fille prétend entendre les trépassés, converser avec eux.

Si Geneviève fend l’armure, c’est parce qu’Eugénie lui parle de sa cadette adorée, trop tôt disparue. Elle voit la défunte et discute avec elle. D’infirmière irréprochable, Geneviève se met à douter du bien-fondé des expériences de son maître ; quand elle s’en ouvre à son propre père, qu’elle retrouve en urgence chez lui, en Auvergne, Eugénie l’ayant vu allongé inconscient – mort peut-être ? –, le vieux médecin la rejette. Cette femme qui croit à l’existence des fantômes n’est plus sa fille. Geneviève vit à son tour la rupture avec le père. Elle devient folle aux yeux de l’homme et du praticien et rejoint ses anciennes patientes qui sont à présent ses comparses.

Maud Mannoni l’a formulé près d’un siècle plus tard… « Elles ne savent pas ce qu’elles disent ». Museler la parole des femmes sitôt qu’elles osent s’exprimer. La Salpêtrière n’est que le lieu où se perpétue leur asservissement au regard et au désir de l’homme, fasciné par leurs névroses plutôt que de reconnaître les leurs.

Ce roman a le mérite de réhabiliter des femmes qui furent plus souvent victimes que véritables aliénées. Victoria Mas les évoque avec tendresse et justesse. La structure du livre est trop classique pour déranger ou étonner, le style trop « propre sur lui » pour surprendre, mais la narration est fluide et le récit touchant.

Pas un chef-d’œuvre, donc, mais un bon cru de cette rentrée littéraire. Petit regret, la couverture est assez moche, même si elle reprend sans doute un cliché de l’époque de Charcot.

Agnès Boucher, Auteure & Blogueuse

 

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