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Il pleut il mouille…

Il pleut il mouille… Nouvelle découverte en cet été qui a démarré sur le mode caniculaire ; elle m’a bien rafraîchie, sur le plan littéraire, avec son sujet torrentiel. Vous vous souvenez de la grnouille ?

Comment ne pas être avalé par Ouragan de Laurent Gaudé ? Ce roman narre, au travers d’une dizaine de personnages, l’apocalypse que fut l’ouragan Katrina en Louisiane ; il se situe plus spécifiquement à La Nouvelle-Orléans en 2005.

4ème de couv.

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« À La Nouvelle-Orléans, alors qu’une terrible tempête est annoncée, la plupart des habitants fuient la ville. Ceux qui n’ont pu partir devront subir la fureur du ciel. Rendue à sa violence primordiale, la nature se déchaîne et confronte chacun à sa vérité intime : que reste-t-il en effet d’un homme au milieu du chaos, quand tout repère social ou moral s’est dissous dans la peur ? Seul dans sa voiture, Keanu fonce vers les quartiers dévastés, au cœur de la tourmente, en quête de Rose, qu’il a laissée derrière lui six ans plus tôt et qu’il doit retrouver pour, peut-être, donner un sens à son existence. »

Alors, oui, vous allez me dire, c’est « encore » un roman choral. C’est un peu comme ces films choraux qui généralement me saoulent. Magnolia de Paul Thomas Anderson ou Short cuts de Robert Altman font exception, véritables. Mais je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans, bla-bla-bla.

Revenons à nos moutons, noirs a priori, puisque Ouragan se déroule en Louisiane ; revenons à ces quartiers pauvres de La Nouvelle-Orléans ; les Afro-Américains, ces démunis demeurèrent en majorité dans la ville, les oubliés, les petits, les sans-grade.

Les États-Unis du Sud ne sont n’est pas franchement folichons. Du moins, quand Laurent Gaudé les dépeints. Indigence et racisme en sont les deux mamelles stigmatisantes. Oui, bien sûr, depuis 2005, ce grand pays a élu un président métis (et non noir, ne l’oublions jamais) ; puis un blondin totalement dingue, féru de télé-réalité et de béton, l’a remplacé !

Mais je m’égare… Le fil rouge de ce récit à l’ambiance lourde, moite, sanglante et nécessairement mortifère (nous sommes aux USA !) est une centenaire. Joséphine Linc. Steelson est une véritable nana !

Écoutons là penser au début du livre… « Moi, Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : « Ça sent la chienne. » Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train. C’était bien avant qu’ils n’en parlent à la télévision, bien avant que les culs blancs ne s’agitent et ne nous disent à nous, vieilles négresses fatiguées, comment nous devions agir. »

Les personnages ? Ne tergiversons pas, ils sont tous noirs. Oui, je le reconnais ; j’éprouve une gêne sans nom à écrire le mot « nègre » ; il n’appartient ni à ma génération ni à mon éducation. Mais finalement, ces citoyens afro-américains, qu’ont-ils été durant cet ouragan ? Ils sont restés les nègres de tous les WASPS américains ? Ils ont été oubliés par les autorités ; même par leur Président de l’époque, George W Bush, totalement dépassé par la réalité crue et cruelle de la situation.

Je digresse beaucoup dans cet article, vous l’aurez remarqué.

Donc, le roman commence par Joséphine, négresse assumée, combattante, dont le mari et les enfants sont morts, la laissant seule à porter sa fierté noire.

Puis on croise Buckeley, retenu prisonnier à l’Orleans Parish prison, dont l’enceinte sera désertée par les gardiens et le directeur alors que l’ouragan approche, abandonnant tous les détenus à leur sort, c’est-à-dire vraisemblablement périr noyés dans leurs cellules.

Il y a Keanu qui fuit les champs pétrolifères en haute mer et revient à contre-courant vers La Nouvelle-Orléans pour tenter de retrouver Rose, son unique amour.

Rose, elle-même mère d’un enfant non désiré né d’un homme détesté, et qui le reconnaîtra enfin parce Keanu lui aura signifié qu’il en est le père réel, même s’il n’est pas son géniteur.

Reste le révérend, ce pasteur qui visite les prisonniers, puis se croit le bras armé de Dieu, chargé de tuer les quelques humains qu’il croise au fil de sa folie.

La plume de Gaudé nous immerge dans la tourmente, nous ballotte au gré des bourrasques, nous inonde de l’inhumanité d’un pays face à l’adversité dantesque de la nature. Les chapitres sont courts et abrupts, construits comme des incantations. Et si l’horreur climatique est bien palpable, ce sont les femmes et les hommes qui retiennent notre attention, nous vrillent le cœur de leur fragilité ou nous tétanisent de leur brutalité.

Chaque portrait est construit comme s’il était le principal personnage du roman. Même l’enfant muet, Byron, a son histoire et sa force, lien entre deux adultes qui n’ont su se parler quand il en était encore temps. L’ouragan est avant tout un prétexte à chaque rencontre, chaque destinée, chaque agonie, pour transformer le livre en un gigantesque huis clos désespéré.

Conclusion ? L’homme et la femme ne sont que des chiures de mouche face à l’immensité de la nature. En ces périodes de canicule, il serait temps que chacun-e d’entre nous, ainsi que nos gouvernants, en prenne conscience.

Agnès Boucher, Auteure & Blogueuse

il pleut il mouille

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