Born to run… né pour fuir ou se réaliser ?

Publié par Agnesb62 le

Eh oui ! J’appartiens à la génération qui a connu l’avènement du « Boss », ainsi que, paraît-il, il n’aime guère être surnommé.

Bruce Springsteen me parle davantage en matière de rock que n’importe quel autre groupe anglo-saxon, Beattles (plutôt pop, ceci dit) et Rolling-Stones, compris. Il navigue fort adroitement entre les rivages du rock&roll, de la soul, du blues et du folk, probablement à cause des textes qu’il écrit et des idées qu’ils véhiculent, bien ancrés dans la sociologie américaine, la lutte des classes laborieuses dont l’auteur/compositeur est issu et l’égalité des droits à laquelle il aspire.

Alors, Bruce Springsteen écrivain, narrateur de sa destinée, m’intéressait nécessairement. Les critiques étaient bonnes, restait à savoir si elles étaient justes et honnêtes ; on a vu tant de stars raconter leur vie sans grand talent littéraire ni réel intérêt côté contenu. « Born to run » a le mérite d’être (très) bien conçu, (très) bien traduit et de conserver intacte la curiosité du lecteur – ou de la lectrice – jusqu’à son terme, même si la seconde partie m’a semblé moins « authentique » que la première.

Bref ! On savait le sieur démocrate et on découvre que son surnom est bel et bien fondé sur une exigence de travail et de perfection quasi inhumaine. Si Bruce Springsteen ignore tout du solfège, s’il trouve n’avoir qu’une voix puissante, car banale en tonalités et tessiture, il attend de ses partenaires musiciens une implication de tous les instants et une obéissance quasi absolue à ses choix. Sans doute de là proviennent sa longévité et une grande part de son succès phénoménal, notamment lors des tournées marathons et des concerts interminables (dans le sens positif du terme) qu’il offre à ses fans avec le E Street Band.

Born to run 2

Bruce Springsteen est né dans le New Jersey, dans une famille italo-irlandaise pauvre et catholique, ce qui en fait un « pur » produit des États-Unis. Son père dépressif le méprise, sa mère l’adore et l’encourage quand, après avoir découvert abasourdi le déhanchement lascif d’Elvis et surtout entendu sa voix sublime se poser sur des rythmes endiablés, l’ado décide que le rock sera sa nouvelle religion (sans jamais perdre ses bons vieux fondamentaux chrétiens !). J’ai particulièrement apprécié cette première partie du livre, ou l’auteur décrit sans tabou ni fioriture le quotidien de sa vie de jeune américain qui grandit dans les années d’après-guerre, vit les conflits ségrégationnistes d’une Amérique blanche et raciste. Il est bien long le chemin pour devenir la star reconnue puis le show-man adulé de plusieurs générations de fans, semé d’embûches en tous genres, de rencontres improbables, de découragements vite dépassés grâce à une énergie phénoménale.

Et toutes les étapes que le « Boss » doit franchir pour créer pas à pas son oeuvre, tel l’ouvrier qu’il assure être resté malgré sa réussite exceptionnelle, sont passionnantes à découvrir, à une époque où les enfants rêvent d’être « star et riche », comme si le premier était un métier et le second un objectif s’il n’est associé au labeur permanent. Il y a les routes à parcourir d’un point à l’autre du pays, les vaches maigres, les filles de rencontre qu’on ne respecte guère, les amitiés qui se construisent avec les musiciens, et le travail, le travail, encore le travail. Cet homme est un fou d’écriture et de musique. Perfectionniste en diable, il est capable de renoncer à interpréter des chansons qui ne lui conviennent pas parfaitement, multiplier les heures d’enregistrement. Il a une véritable humilité pour reconnaître ses failles, musicales ou techniques, dès qu’il s’agit de qualité sonore.

Born to run disque

On découvre également son caractère profondément dépressif, à l’instar de son père au tempérament schizoïde, ses tourments maniaco-dépressifs, entre une vitalité exacerbée lors de tournées marathon et les abîmes de dépression qui le fracassent, à rester terré dans son lit, d’où seuls une très longue psychanalyse et le soutien de sa seconde épouse, lui permettent de s’extraire. C’est sans doute l’aspect le plus attachant du bonhomme, quand on voit la force de la nature qu’il paraît être sur une scène, porté par ses fans et le public en transe, et le petit garçon mal aimé qu’il redevient sitôt rendu à sa solitude de citoyen presque lambda.

Springsteen accepte de ne pas se donner le beau rôle et c’est un noble exercice de sa part. La seconde partie, qui raconte la course vers la gloire à partir du disque « Born to Run », est moins intéressante, mieux connue et trop convenue, plus consensuelle, voire lénifiante, avec cette envie de ne blesser personne et de trouver tout le monde plutôt « génial »… Toute la smala y passe : épouse exceptionnelle, enfants exceptionnels, amis exceptionnels…

Au secours !!!!!!

Bien sûr, il est hautement conseillé, tout au long de la lecture de cet ouvrage qui se dévore comme un excellent roman, de (re)découvrir les chansons, au fur et à mesure que le chanteur advient.

Agnès Boucher, Auteure & Blogueuse

Born to run Livre


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