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Marivaudages estivaux

Arte nous propose en ce moment la rediffusion des « Contes des quatre saisons » réalisés par Éric Rohmer entre 1990 et 1998.

Nous pouvons ainsi nous replonger avec délices dans l’univers tellement littéraire et décalé de ce metteur en scène et « auteur », comme il en existe bien peu aujourd’hui, dont on sent ici de manière délicate la patte à la fois surannée et cérébrale.

Il ne se passe pas grand-chose dans les films de Rohmer, et c’est là une de ses forces. Ce ne sont que bavardages, déambulations, marivaudage exquis en forme d’approches et d’hésitations, tergiversations et interrogations.

Résumé du film :

Gaspard est en vacances à Dinard. Il y attend (peut-être) Léna dont il ne sait finalement s’il l’aime et s’il en est aimé ; il rencontre Margot, jeune anthropologue dont il se dit l’ami tout en la désirant de plus en plus à mesure que le récit avance ; enfin, il croise Solène, pulpeuse et bourrée de principes malgré ses allures de fille facile. Avec laquelle finira-t-il par voguer vers Ouessant ? À moins que sa destination ne change à la dernière seconde, Gaspard étant tiré de ses hésitations par un imprévu salvateur.

Que voit-on dans cette œuvre ? Des jeunes gens séduisants et « normaux » qui se promènent, parlent (beaucoup), se frôlent, se jaugent, se blessent et se raccommodent avant de se séparer et/ou de se retrouver… Qui sait ?

C’est un film de vacances, dont « Conte d’hiver » pourrait être la suite, d’une certaine manière. Les acteurs se glissent dans la prose musicale de l’auteur avec une grâce incroyable, chacun dans son archétype, l’homme indécis, la brune tentatrice, la blonde capricieuse et la fidèle et solide amie châtain, pas si innocente que cela. Il ne se passe apparemment rien et pourtant, tout de ce que peuvent contenir les relations entre les hommes et les femmes figurent dans ce film.

Rien n’est simple, tout se complique, avec une élégance diaphane ; le soleil brille sur les plages de touristes agglutinés sur le sable ; les sentiers étroits serpentent le long de la mer, obligeant les personnages à se suivre et se frôler pour se dépasser.

Gaspard étudie les mathématiques et est aussi musicien, il s’enregistre jouant quelques accords de guitare sur un magnétophone. Et l’on se prend à regretter avec une véritable nostalgie ce temps béni où l’amour se vivait sans applis ou SMS, et où chacun écrivait à chacune et vice versa, ou omettait de le faire… L’attente du coup de fil ou de la lettre qui n’arrivait pas avivait nécessairement l’imaginaire. Que fait l’autre ? Pense-t-il à moi ? Ou au contraire, m’a-t-il/elle oublié pour un-e troisième ?

Je me réjouis déjà de revoir les trois autres contes, et de goûter ce style littéraire à la fois affecté et terriblement efficace, tellement « old-fashionned », cette ode à notre langue française qui porte si bien les dialogues amoureux.

Bonne rediffusion à vous !

conte-dété

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