Catégories
Mes humeurs

Et si le hasard devait être bousculé ?

Je poursuis ma balade au pays d’Éric Rohmer, toujours grâce à la rétrospective qu’Arte propose en ce moment. 🥰

Après les hésitations et interrogations de vingtenaires en mal d’amour, abordons avec le « Conte d’automne » les désirs cachés et tergiversations lucides de quadragénaires, à la fin du siècle dernier, avec cette liberté de ton et cette délicieuse affectation, chères au cinéaste.

Résumé

Magali est « vigneronne » en Ardèche, veuve depuis quelques années, mère de deux grands enfants avec lesquels les relations ne sont pas simples, au point de préférer échanger avec Rosine, la petite amie de son fils Léo. Elle avoue à son amie d’enfance Isabelle, elle-même mariée et heureuse en ménage, qu’elle aspirerait volontiers à nouveau partager sa vie avec un homme, mais que recommencer le rituel de la séduction lui semble impossible. Elle est trop « vieille ». D’ailleurs, Rosine n’a-t-elle pas eu comme amant Étienne, son prof de philo quadragénaire, lui-même attiré par les jouvencelles, plus que par les femmes de son âge (on dirait Yann Moix avant l’heure, sauf que Didier Sandre est quand même beaucoup plus sexy ! 🤣🤣🤣). Rosine et Isabelle, sans se concerter, décident chacune de leur côté de la bousculer : la première en convainquant son philosophe de rencontrer Magali, la seconde en passant une petite annonce dans le journal (on est bien loin de Tinder !!!!! 😉) et de sélectionner Gérald, auquel elle avoue son stratagème suite à quelques rendez-vous, et qui accepte de se prêter au jeu avec Magali. Après quelques péripéties, certains malentendus, la fin sera heureuse et Magali pourra envisager un avenir heureux avec Gérald.

De nouveau, Rohmer fait la part belle aux femmes. Elles ont mûri ; elles sont conscientes de ne plus avoir l’attrait de la « chair fraîche », même si elles restent séduisantes ; cependant elles ont toujours des émois et des désirs de jeunes galantes. Isabelle, sans se mettre réellement en danger, apprécie de jouer la (fausse) danse de la séduction pour jauger Gérald et décider de le présenter à Magali. Sans doute est-ce la dernière fois qu’elle se prête à ce genre de comédie et un léger regret voile ses yeux clairs à la fin du film, avant que, le temps d’une valse, elle ne s’épanouisse de nouveau dans les bras de son mari. Quant à Magali, elle est plutôt satisfaite de pouvoir choisir entre Étienne et Gérald, les deux étant soumis à son jugement le jour du mariage de la fille d’Isabelle, et dont elle pressent immédiatement lequel pourra la combler. Enfin, Rosine gagne en lucidité et entrevoit son futur de femme, un peu vexée que son amant soit rejeté par sa nouvelle amie, et consciente que celui-ci, qu’elle aperçoit flirter avec une autre de ses anciennes élèves durant la cérémonie, court irrémédiablement après la chimère de la jeunesse, que plus jamais il ne rattrapera.

La fraîcheur et la simplicité de l’intrigue, la légèreté de la caméra, la finesse et le naturel de la mise en scène, l’intelligence de l’interprétation, donnent à cette troisième saison une saveur inestimable, celle de la liberté et de la gravité, avec ce temps qui passe malgré tous les efforts que l’on peut faire, cette soif inextinguible de demeurer jeune à tout prix.

N’oublions jamais que la maturité et la vieillesse sont finalement une richesse formidable. Il suffit juste de comprendre et d’accepter que l’expérience nous porte vers l’indépendance d’esprit et la tolérance.

#Arte #EricRohmer #Conted’Automne #NouvelleVague #CinémaFrançais

 

conte d'automne eric rohmer 2

Agnès Boucher, Auteure & Blogueuse

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *