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Enfin un livre à dévorer !

J’ai l’impression de lire depuis toujours, tellement j’ai avalé d’ouvrages, récits, pièces de théâtre et essais. Je suis une boulimique, vous le savez.

L’autre soir, il m’est arrivé une chose extraordinaire, que je vivais fréquemment autrefois, et que je n’avais pas connue depuis belle lurette.

Samedi, j’éprouve des difficultés à m’endormir. Du coup, je me relève et vais dans le salon pour continuer le roman que je suis en train de lire, me disant que c’est le moyen idéal pour m’assoupir tranquillement.

Que nenni ! J’ai passé les deux heures suivantes à dévorer ladite prose pour en connaître le dénouement et pouvoir me recoucher en « paix ». Depuis combien de temps n’avais-je  vécu un tel « appétit » ? Je l’ignore.

Un autre de mes défauts, dont je vous ai déjà parlé, est que je suis « snob ». Et méfiante. Un-e auteur-e trop « tendance » me rend suspicieuse. Je déteste l’engouement des « masses liseuses », et j’ai souvent raison. Un exemple ? Je vais vous faire hurler. Au revoir là-haut de Pierre Lemaître est resté au moins un an dans ma PAL. Je l’avais acheté en me disant, Bon, tout le monde prétend que c’est génial, soyons prudentes, Agnès, nous risquons d’être déçues (j’aime bien échanger avec moi-même… 🤣). Donc, ce roman, je l’ai lu, certes, je l’ai apprécié, mais je n’ai pas réussi à me passionner pour les personnages, « too much » pour moi. On m’en avait trop dit en chantant ses louanges.

Un livre, s’il me plaît, va me donner envie d’en découvrir d’autres du même auteur. Je reviens à « mon mouton » du jour, si je puis m’exprimer ainsi. Je n’avais jamais lu d’ouvrage de Douglas Kennedy. Déjà, je trouvais le nom trop « kitsch » ! Kennedy ! Rien de moins ! Certes, le patronyme est commun en Irlande, mais une certaine famille l’a fait sortir de la banalité pour entrer dans l’Histoire.

Vous voyez à qui je fais référence, s’pas ?

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Bref ! L’autre jour, errant dans les couloirs de ma médiathèque, je me suis décidée à prendre un des romans de monsieur Kennedy, Les Charmes discrets de la vie conjugale. J’aime les récits qui décrivent les us et coutumes de nos cousins « intellos » d’outre-Manche ou plus loin, d’outre-Atlantique. J’ai commencé avec Alison Lurie, puis David Lodge évidemment et enfin, « cherry on the cake », monsieur Philippe Roth, himself. Le sujet m’a donc donné envie d’attaquer la prose de « Douglas » à partir de ce livre, paru en 2005.

Petit aperçu avec la 4ème de couverture :

« Le bonheur, Hannah l’a trouvé. Épouse de médecin, mère de famille, c’est une femme comblée. Le gentil garçon, rencontré à l’université et épousé au mépris de ses parents, s’est révélé un mari parfait.

Sa route a pourtant dévié, l’espace d’une nuit, des années auparavant. Celle qui sut passer entre les gouttes de la contestation politique des années 1970 se voit accusée aujourd’hui des agissements les plus subversifs. Alors qu’elle observe son existence sombrer dans l’anarchie, Hannah va prendre les armes… »

Tout de suite, je vous préviens. Méfiez-vous toujours des résumés fournis par l’éditeur. Ici, l’épouse n’est pas aussi comblée qu’il y paraît et ce, dès la naissance de son premier bébé. Hannah n’est pas Emma Bovary. Elle ne vit pas dans le rêve. C’est une cartésienne, une pragmatique, qui se débat entre la vision progressiste de ses intellos de parents, navrés de la découvrir si « terre-à-terre », et le destin banal, convenu et bourgeois, dans laquelle l’enferme inconsciemment son égoïste de conjoint, qui pense d’abord à sa propre réussite, avant de s’enquérir des besoins de sa femme, puis de ses enfants.

Douglas Kennedy raconte l’histoire d’une femme, de sa jeunesse jusqu’à sa maturité, sa difficulté à réaliser ses rêves et en faire peu à peu le deuil de son propre chef, remplir ses différents rôles de fille, d’épouse et de mère. Et Hannah a raison, car finalement seule sa vie professionnelle d’enseignante la nourrit vraiment. Elle a pour mère une femme dure et exigeante, artiste frustrée et trompée par un mari professeur d’université, « progressiste de gauche », acteurs des évènements estudiantins des années 70. Elle s’entend bien avec son père, même s’il la trouve timorée et trop soumise à son futur époux, étudiant en médecine. Elle entre en conflit avec sa mère, finit par se réconcilier avec elle, prise presque par traîtrise après une tentative de suicide de celle-ci.

Elle se retrouve perdue dans un « bled » américain, de ceux où tout le monde espionne tout le monde, où tout se sait. Bref, elle étouffe, coincée entre un bébé colérique et larmoyant et l’impossibilité de travailler comme enseignante. Elle trouve un petit job dans une bibliothèque, se morfond et forcément, lorsqu’un bel agitateur gauchiste trouve refuge à son domicile, elle fond et tombe dans ses bras. Personnellement, je la comprends. Elle a 25 ans, un mari traditionnel et peu attentif, un enfant qu’elle n’a pas réellement désiré, du moins aussi tôt dans sa vie. Elle a renoncé à ses rêves et ceux-ci lui reviennent dans la figure, comme un rejeton de l’inconscient, avec ce visiteur imprévu.

Inutile de vous révéler qu’elle se fait avoir. Hannah décide alors de rentrer dans les clous et de se conduire comme une bonne Américaine, ce qu’elle fait jusqu’à ce que sa fille pète un câble et que son fils vire néo-chrétien auprès d’une femme extrémiste. Dans la foulée, l’amant d’un soir devient lui aussi « intégriste de droite » et relate dans une autobiographie les galipettes d’hier. Mais surtout, il ment sur l’authenticité des faits.

À l’heure de la présidence Trump et après deux mandats de Reagan, Bush père, puis Bush fils, Douglas Kennedy décortique une peinture mordante de l’affrontement qui s’est développé entre les néo-chrétiens et les libéraux en Amérique. Aucun de ses personnages n’échappe à sa critique acérée et fouillée ; ils sont pétris de paradoxes, entre leurs combats d’hier, leur réalité advenue, leur avenir impossible. La figure de la mère d’Hannah est symbolique de cette analyse : femme intelligente, cultivée, elle a accepté de mauvais gré l’inconstante de son mari et a vu sa fille s’éloigner ; elle n’a pas atteint les sommets artistiques auxquels elle aspirait et finit emmurée vivante dans un Alzheimer ravageur.

Kennedy n’est pas Roth ou Auster, évidemment. Mais son style est précis et alerte ; même le récit d’une vie conventionnelle apparaît passionnant sous sa plume, parce qu’il laisse présager des orages qui finiront par tout détruire d’un tableau extérieurement idyllique. Non, l’Amérique n’est plus l’idéal à viser. L’a-t-il jamais été ? Les générations se confrontent, les classes sociales se déchirent, les politiques n’offrent aucune vision d’un avenir conquérant et constructif.

Make America great again ? Pas certain… En revanche, continuer de découvrir Douglas Kennedy ? Yes !

Agnès Boucher, Auteure & Blogueuse

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0 réponse sur « Enfin un livre à dévorer ! »

Bonjour Agnès, sache que je suis complètement fan de Douglas Kennedy !
Le premier que j’ai lu, et adoré (mon préféré pour l’instant je dois le dire mais j’en ai lu peu encore), c’était : « La poursuite du bonheur » (résumé : Manhattan, Thanksgiving 1945. Artistes, écrivains, musiciens… tout Greenwich Village se presse à la fête organisée par Eric Smythe, dandy et dramaturge engagé. Ce soir-là, sa sœur Sara, fraîchement débarquée à New York, croise le regard de Jack Malone, journaliste de l’armée américaine. Amour d’une nuit, passion d’une vie, l’histoire de Sara et Jack va bouleverser plusieurs générations).
Ensuite j’ai lu « Cet instant-là » (résumé : À la fois drame psychologique, roman d’idées, roman d’espionnage mais surtout histoire d’amour aussi tragique que passionnée, une oeuvre ambitieuse portée par le talent exceptionnel de Douglas Kennedy.
Écrivain new-yorkais, la cinquantaine, Thomas Nesbitt reçoit à quelques jours d’intervalle deux missives qui vont ébranler sa vie : les papiers de son divorce et un paquet posté d’Allemagne par un certain Johannes Dussmann. Les souvenirs remontent…)
Puis le particulier « Au pays de Dieu » (résumé : Douglas Kennedy ne fait rien comme tout le monde. Quand il décide de partir en voyage, il choisit la « Ceinture de la Bible », ce sud si désespérément profond des Etats-Unis.
Comme Douglas Kennedy est un homme curieux des autres, il aime les rencontres insolites : un ancien mafieux transfiguré par la foi, de jeunes musiciens chevelus fans de heavy metal chrétien, un prêtre guérisseur de paralytiques, un télévangéliste cynique, une redoutable femme d’affaires qui doit sa réussite à Dieu.
Et comme Douglas Kennedy est un conteur au talent exceptionnel, cela donne un récit de voyage piquant, grinçant, glaçant aussi, le tableau édifiant d’un des phénomènes de société les plus frappants de ces dernières années.
mais j’ai tous les autres à lire).
Celui que tu as lu semble tout à fait dans le style de Kennedy. Et comme tu dis, il a le don pour raconter une vie commune de façon addictive !

Super, Marjorie, ta « critique » éclairée de l’ami Douglas 🤣🥰
Je suis retournée à la Médiathèque et les résumés des autres opus ne m’inspiraient pas… J’ai pris « Le femme du Vème », et pour la suite, je vais suivre tes conseils éclairés. Merci !!! 😍😉

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